LETTRE OUVERTE AUX MÉDIAS QUÉBÉCOIS
LETTRE OUVERTE AUX MÉDIAS QUÉBÉCOIS
Saint-Sauveur, Québec. 21 septembre 2026
Des millions de personnes déclarent souffrir de la SCM. Pourquoi leurs voix sont-elles toujours absentes du débat?
Aux journalistes, rédacteurs en chef, producteurs et organismes de presse du Québec :
Nous vous demandons de vous pencher à nouveau sur la question de la sensibilité chimique multiple (SCM). Non pas parce que la SCM est un phénomène nouveau, mais parce que les preuves sont de plus en plus difficiles à ignorer, et que les personnes touchées restent largement invisibles dans le débat public.
Les données préliminaires de Statistique Canada pour 2025 indiquent que 9,4 % des adultes canadiens déclarent souffrir de la SCM, soit environ 3,1 millions de personnes. Près d’une femme sur huit déclare souffrir de la SCM. Environ 900 000 adultes déclarent avoir reçu un diagnostic. Consultez les statistiques sur la SCM ici
Ces chiffres ne sont pas négligeables. Pourtant, la SCM reste largement absente du débat public. À quelle fréquence les Canadiens entendent-ils parler de la SCM dans les nouvelles? À quelle fréquence des personnes atteintes de la SCM sont-elles interviewées au sujet de leur incapacité à accéder aux soins de santé, à conserver un emploi, à trouver un logement convenable ou à fréquenter les lieux publics? À quelle fréquence la SCM est-elle prise en compte lorsque nous discutons de handicap et d’accessibilité?
Et lors d’une campagne électorale où les soins de santé, le logement, l’accessibilité financière et les services publics sont des enjeux centraux, où sont les voix des personnes atteintes de la SCM?
Il y a là une histoire à raconter
Au cours des dernières années, l’ASEQ-EHAQ et ses partenaires de recherche ont constitué un corpus de données canadiennes de plus en plus substantiel. Nos recherches ont porté sur l’accès aux soins de santé, les barrières liées aux politiques d’accommodement, l’exclusion socio-économique, les politiques « sans fragrances », l’exposition aux produits chimiques et la qualité de l’air intérieur. Nos recherches sur la qualité de l’air intérieur en conditions réelles ont révélé des concentrations totales de composés organiques volatils environ 70 % plus faibles dans les milieux de travail dotés de politiques sans parfum comparativement à ceux qui n’en ont pas. De nouvelles recherches canadiennes évaluées par des pairs documentent les barrières à l’accès aux soins de santé pour les personnes atteintes de la SCM. D’autres recherches font état de refus d’accommodement et de conséquences socio-économiques.
Les données ne se limitent plus à des témoignages individuels.
Mais derrière chaque statistique se cache toujours une personne. Une personne qui reporte des soins médicaux parce que l’environnement de soins de santé lui-même constitue une barrière. Une personne qui est capable d’exercer son emploi, mais qui ne peut pas rester sur son lieu de travail parce que des expositions évitables n’ont pas été prises en compte. Une personne à la recherche d’un logement où la qualité de l’air ne rendra pas l’espace inaccessible. Une personne qui demande des accommodements, et qui risque de se heurter à l’incrédulité, à l’hostilité ou même à des représailles pour avoir formulé cette demande.
Ce sont des histoires de handicap, de soins de santé, de logement, d’emploi et de droits de la personne. Ce sont des histoires québécoises.
Nous savons à quel point il peut être difficile de faire entendre ces histoires
L’ASEQ-EHAQ œuvre depuis des années pour porter à la connaissance du public les réalités de la SCM.
Lorsque nous avons élaboré Résilience, des efforts et des ressources considérables ont été nécessaires simplement pour aider cette cause à rejoindre un public plus large. Les organismes représentant les communautés marginalisées ne devraient pas avoir à lutter continuellement pour que les barrières documentées liées au handicap soient jugées dignes d’intérêt. Et les personnes atteintes de la SCM ne devraient pas avoir à devenir invisibles avant que leur exclusion ne devienne visible.
Le Québec s’apprête à élire son prochain gouvernement
L’ASEQ-EHAQ a demandé aux principaux partis politiques du Québec de prendre des engagements concrets concernant la SCM. Nous avons également publié notre document intitulé « Priorités d’action gouvernementale pour la sensibilité chimique multiple — Élections générales du Québec 2026 », qui présente neuf domaines dans lesquels le prochain gouvernement peut prendre des mesures concrètes.
Au cœur de ces priorités se trouve un engagement primordial :
Reconnaître la qualité de l’air comme une dimension essentielle de l’accessibilité au Québec.
Nos priorités prévoient un plan d’action québécois sur la SCM; des soins de santé accessibles; la protection du droit à des pratiques d’accommodement et la lutte contre les représailles; la réforme de la loi sur l’accessibilité et le handicap; des logements accessibles, sains et abordables; la responsabilité du gouvernement en matière d’air accessible et de contrôle à la source; l’emploi et la participation économique; de meilleures données, de la recherche et de la formation professionnelle; ainsi qu’une participation significative des personnes atteintes de SCM aux décisions qui les concernent.
Il ne s’agit pas là de revendications abstraites, mais de réponses politiques concrètes à des barrières avérées.
Nous posons une question simple aux partis politiques : Que fera votre gouvernement pour s’assurer que les Québécois atteints de la SCM puissent avoir accès aux soins de santé, au logement, à l’emploi, aux services publics et aux espaces publics sans se heurter à des barrières liées à l’exposition aux produits chimiques qui pourraient être évités?
Nous demandons maintenant aux médias québécois de poser cette question eux aussi.
Consultez les priorités d’action gouvernementales de l’ASEQ-EHAQ concernant la SCM
Nous ne vous demandons pas de nous croire sur parole
Examinez les preuves.
Parlez aux chercheurs. Parlez aux médecins qui travaillent dans ce domaine. Parlez aux experts en droits des personnes handicapées. Et surtout, parlez aux personnes qui vivent avec la SCM.
Demandez-leur ce qui se passe lorsqu’elles ont besoin de soins d’urgence. Demandez-leur comment se passe la recherche d’un logement. Demandez-leur ce qui se passe au travail lorsqu’elles demandent des accommodements. Demandez-leur ce que cela signifie lorsque la participation à la vie publique ordinaire dépend de la qualité de l’air ambiant.
Puis demandez aux partis politiques ce qu’ils comptent faire à ce sujet.
Le journalisme peut rendre visibles des barrières invisibles
Les politiques sont en partie façonnées par ce que la société perçoit. Lorsqu’un enjeu est rarement couvert par les médias, les personnes touchées peuvent rester en marge du débat politique, peu importe le nombre de personnes concernées ou la gravité des conséquences.
Plus de trois millions d’adultes canadiens déclarent souffrir de la SCM.
Ce sont des patients. Des travailleurs. Des parents. Des étudiants. Des locataires. Des professionnels. Des proches aidants. Des électeurs. Ils ne devraient pas être invisibles.
À l’occasion de ces élections au Québec, nous demandons aux journalistes de toute la province :
- Examinez les faits.
- Allez parler aux personnes concernées.
- Demandez aux partis politiques ce qu’ils comptent faire.
Et quand le Québec parle d’accessibilité, demandez si l’accessibilité inclut l’air dont les gens ont besoin pour respirer.
Pour en savoir plus sur la campagne de l’ASEQ-EHAQ en vue des élections québécoises de 2026, notamment sur nos priorités, nos recherches, nos ressources et les réponses des partis, rendez-vous sur :
ASEQ-EHAQ – Élections québécoises 2026
Il y a là une histoire importante à raconter. Et elle mérite d’être racontée.
Michel Gaudet
Directeur exécutif
Association pour la santé environnementale du Québec (ASEQ-EHAQ)